La CNIL refuse le projet de traçage des piétons de JCDecaux

Written on 21 Oct 2015

Dans une délibération n°2015-255 du 16 juillet 2015, la CNIL s’est opposée à un projet de la société JCDecaux permettant de tracer les piétons se trouvant sur l’esplanade de la Défense.

JCDecaux, multinationale spécialisée dans la
publicité et le mobilier urbain avait installé, il y a un an, plusieurs
panneaux publicitaires et écrans digitaux dans le quartier d’affaires de la Défense. 

A titre d’expérimentation, JCDecaux souhaitait fixer
sur ces panneaux publicitaires, six boitiers de comptage du flux piéton. Ces
boitiers permettaient de détecter dans un rayon de 25 mètres, l’adresse MAC de
tout smartphone équipé d’une connectivité WI-FI activée, mesurant ainsi la
fréquentation, le taux de répétition et les schémas de mobilité des piétons. 

L’article L.581-9 du code de l’environnement
soumettant à autorisation de la CNIL tout système automatique de mesure
d’audience d’un dispositif publicitaire, la société JCDecaux s’est tournée vers
la commission afin de voir son projet accepté. 

Dans sa délibération, la CNIL a examiné dans un
premier temps le fondement légal du traitement de données personnelles :
l’intérêt légitime du responsable de traitement.

Un tel fondement n’est accepté que si les droits
et libertés fondamentaux des personnes sont garantis. Afin de vérifier que tel
est le cas, la CNIL a soumis le projet de JCDecaux au test en 7 étapes élaboré
par le groupe de l’article 29 (« G29 »)
dans son Opinion
du 9 avril 2014
.

Concernant la finalité du traitement, JCDecaux a
démontré qu’elle était définie, déterminée, explicite et légitime puisque la
configuration de la Défense ne permet pas aux méthodes traditionnelles de
mesure d’audience d’être efficaces et que le but n’était pas de cibler
commercialement les piétons mais de dynamiser la communication grâce au
numérique. 

Le projet étant limité dans le temps (4 semaines)
et dans l’espace, la CNIL a également considéré que les données collectées et
traitées étaient adéquates, pertinentes et non excessive. 

Cependant, la CNIL a refusé le projet de mesure
d’audience du fait de deux éléments. 

Le premier est que pour garantir les droits et
libertés fondamentales des piétons, JCDecaux arguait de l’utilisation d’une
technique d’anonymisation des données. Cependant, au vu de l’opinion
sur l’anonymisation
adoptée par le G29 le 10 avril 2014, la CNIL a
considéré que la technique employée n’était pas une technique d’anonymisation mais
uniquement une technique de pseudonymisation. En effet, le système de traçage
mis en place permettait d’évaluer le nombre de fois où un piéton passe puis
repasse devant le panneau publicitaire. Pour ce faire, JCDecaux devait avoir la
possibilité d’effectuer des corrélations, des recoupements entre deux
enregistrements ce qui caractérise une technique de pseudonymisation.

Or, dans son Opinion du 9 avril 2014 sur la notion
d’intérêt légitime, le G29 indique que l’anonymisation des données est un moyen
de garantir les droits et libertés fondamentales des individus, ce qui n’est
pas le cas de la pseudonymisation. 

En outre, la CNIL a reproché à JCDecaux de ne pas
informer suffisamment les personnes concernées. Selon elle, la collecte et le
traitement étaient opérés à l’insu des personnes qui ne pouvaient pas exercer
leurs droits. Elles n’étaient également pas informées de manière satisfaisante
de la mise en œuvre du traitement puisque ces informations se trouvaient sur des
panonceaux de format A4 alors que la portée des boitiers de captage est de 25
mètres. 

Par conséquent, après avoir effectué une mise en
balance de l’intérêt du responsable de traitement et des droits et libertés
fondamentales des personnes, la CNIL a prononcé un refus d’autorisation. 

Dans cette décision, la CNIL s’est alignée sur la
vision du G29 et s’est placée une nouvelle fois en garant des droits et
libertés fondamentales des personnes. 

JCDecaux devra donc renoncer à offrir à ses
clients des estimations quantitatives concernant les flux piétons sur
l’esplanade de la Défense car l’utilisation d’une technique efficace
d’anonymisation des données ne lui permettra pas d’identifier combien de fois
une même personne passe devant les panneaux publicitaires.

 La CNIL avait informé dans son programme pour 2015
les responsables de traitement que ses contrôles porteraient cette année sur
les systèmes de mesure d’audience. Sans surprise, elle a tenu parole. 

Un mois après la présente décision, la commission
a d’ailleurs publié sur son site internet des recommandations
concernant l’utilisation de systèmes de mesure de fréquentation et d’analyse du
comportement des consommateurs dans les magasins (beacon).