Competition, antitrust and trade

L'Autorité de la concurrence alerte sur les enjeux concurrentiels liés à l’impact énergétique et environnemental de l'intelligence artificielle

Publié le 19th December 2025

Dans le prolongement de son avis sur l'intelligence artificielle (« IA ») générative (n°24-A-05), l'Autorité de la concurrence publie une étude sur les enjeux concurrentiels liés à l’impact énergétique et environnemental de l’IA, dans un contexte où l'expansion accélérée des centres de données entraîne une augmentation significative de la demande électrique et des émissions carbone, tout en intensifiant la pression sur diverses ressources naturelles telles que l'eau, les métaux rares et le foncier. 

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Dans le prolongement de son avis sur l'intelligence artificielle (« IA ») générative (n°24-A-05), l'Autorité de la concurrence publie une étude sur les enjeux concurrentiels liés à l’impact énergétique et environnemental de l’IA, dans un contexte où l'expansion accélérée des centres de données entraîne une augmentation significative de la demande électrique et des émissions carbone, tout en intensifiant la pression sur diverses ressources naturelles telles que l'eau, les métaux rares et le foncier. Après avoir dressé un constat des impacts énergétiques et environnementaux de l’IA, l’Autorité identifie trois enjeux de concurrence majeurs (l'accès à l'énergie, l'émergence de la frugalité comme nouveau paramètre de concurrence, et la standardisation de la mesure de l'empreinte environnementale) ainsi que deux points de vigilance (l’importance de données fiables et la nécessité de ne pas réserver aux grands acteurs du numérique les zones adaptées à l’implantation de centres de données).

Les constats : une consommation électrique qui explose et un impact environnemental préoccupant

L’Autorité constate que si les centres de données représentent aujourd'hui environ 1,5 % de la consommation mondiale d'électricité, leur empreinte au niveau local s'avère nettement plus importante. Les projections indiquent d’ailleurs que leurs besoins énergétiques pourraient plus que doubler à l'horizon 2030. En France, selon le Réseau de Transport d'Électricité, la consommation des centres de données pourrait atteindre 4 % de la consommation électrique nationale en 2035.

Face à cette explosion des besoins, certains grands acteurs, notamment américains, sécuriseraient des partenariats d'approvisionnement en énergie décarbonée. Microsoft a, par exemple, signé un accord avec la société Brookfield en 2024 portant sur la fourniture d'une capacité de 10,5 GW d'énergie verte aux États-Unis et en Europe, soit un volume huit fois supérieur au plus important contrat d'achat d'électricité jamais conclu par une entreprise.

Au-delà de l'électricité, l'IA exercerait une pression considérable sur les ressources en eau : selon l'Arcep, le volume d'eau (pour l’essentiel potable) prélevé par les centres de données aurait augmenté de 19 % en 2023. A cela s’ajouterait l'eau utilisée indirectement pour produire l'électricité nécessaire au fonctionnement de l’IA soit un volume évalué à plus de 5,2 millions de m³ par an.

Sur le plan carbone, plusieurs acteurs du numérique ont annoncé une forte augmentation de leurs émissions de gaz à effet de serre, allant de 30 à 50%, cette hausse résultant notamment de l'augmentation de la consommation énergétique des centres de données. Google aurait ainsi annoncé une augmentation de 48 % de ses émissions par rapport à 2019, tandis que Microsoft aurait enregistré une augmentation d'environ 30% de ses émissions carbone pour des raisons similaires.

Trois enjeux concurrentiels majeurs : l’accès à l’énergie emportant un risque de concentration des marchés de l’IA, la frugalité comme nouveau paramètre de concurrence et la standardisation de l'empreinte environnementale

Sur l’accès à l’électricité, l’Autorité estime que les acteurs du secteur font face à des obstacles liés au raccordement au réseau électrique et à une volatilité des prix de l’énergie, qui risquent tous deux de perturber l'équilibre concurrentiel du marché. Pour l’Autorité, l’IA contribue également à réduire, dans une certaine mesure, l’impératif de concentration des centres de données sur des territoires identiques.

Sur la frugalité, l’Autorité rappelle qu’elle se définit comme « la consommation optimisée des ressources dans un objectif de minimisation de l’impact environnemental ». Sa montée en puissance dans l’IA est susceptible de favoriser le développement de nouveaux modèles d'affaires permettant aux entreprises de taille plus modeste de rivaliser avec les plus grands acteurs du secteur.

De fait, la frugalité peut animer la concurrence à trois niveaux : sur les prix, en ajustant les coûts aux besoins réels; sur la qualité, grâce à des solutions d'IA allégées adaptables à des infrastructures plus modestes; et sur l'innovation, en stimulant la recherche vers des innovations sobres.

L'Autorité identifie toutefois plusieurs risques : l'adoption de comportements trompeurs en termes de frugalité, notamment lorsque l'empreinte environnementale mise en avant ne repose pas sur une méthodologie scientifiquement fiable; l’absence de communication sur l'empreinte environnementale alors qu'il existe une demande pour cela ; ou encore les pratiques visant à limiter l'innovation en matière de frugalité, y compris par des prises de participations dans le capital d'autres acteurs ayant pour objectif ou pour effet de diminuer ou d’annihiler le jeu concurrentiel sur la frugalité.

Sur la standardisation de l'empreinte environnementale, l'Autorité identifie un besoin de transparence résultant de trois constats : les entreprises développant ou déployant des technologies d'IA restent discrètes sur leur bilan environnemental ; aucun cadre méthodologique commun ne permet aux différents acteurs de rendre compte de leur impact de façon harmonisée ; les évaluations actuelles demeurent peu comparables en raison notamment de périmètres d'analyse variables.

Pour l’Autorité, la standardisation soulève dès lors plusieurs préoccupations de concurrence : des outils de mesure reposant sur une méthodologie scientifique fragile pourraient, même involontairement, induire les clients en erreur quant à l'impact réel des services ; une normalisation mal conçue ou instrumentalisée pourrait fausser la concurrence, notamment si elle favorise certains acteurs ; des comportements pourraient entraver l'élaboration de standards, par exemple en refusant de communiquer des informations essentielles ; enfin, des échanges d’informations entre concurrents sur des données stratégiques pourraient poser problème s’ils dépassent ce qui est strictement nécessaire à l'établissement de normes communes.

Deux points de vigilance : l’importance de données fiables et la nécessité de ne pas réserver aux grands acteurs du numérique les zones adaptées à l’implantation de centres de données

L'Autorité insiste sur la nécessité de disposer de données fiables sur l'impact énergétique et environnemental. Une meilleure transparence pourrait, d'une part, éviter qu'une poignée d'acteurs profite d'un avantage décisif relatif à ces informations et, d'autre part, bénéficier à la recherche publique sur le sujet. Cette transparence accrue, notamment grâce à l'adoption de normes communes, favoriserait l'émergence de la sobriété énergétique comme véritable critère de différenciation concurrentielle.

L’Autorité alerte également sur la nécessité de garantir que les sites propices à l'installation de centres de données et les approvisionnements énergétiques avantageux, notamment en électricité nucléaire compétitive, ne soient pas réservés aux seuls grands acteurs du secteur.

Enfin, l'Autorité invite l'ensemble des parties prenantes à se saisir de cette étude et leur rappelle la possibilité de se rapprocher d'elle pour faire part de potentielles pratiques anticoncurrentielles dans le secteur ou encore de projets poursuivant des objectifs de durabilité qui pourraient faire l’objet d’orientations informelles de l’Autorité.

A l’évidence, cette étude marque le début d'une surveillance accrue de l'Autorité sur les enjeux concurrentiels liés à l'impact environnemental de l'IA, un secteur en pleine expansion dont les répercussions sur la concurrence et l'environnement sont appelées à s'intensifier.

* This article is current as of the date of its publication and does not necessarily reflect the present state of the law or relevant regulation.

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